"NIGER : NIAMEY A TREMBLÉ, L’AFRIQUE DOIT SE RÉVEILLER ! AU-DELA DES FRONTIERES, LE DEVOIR DE SOLIDARITE", tel est l'intitulé de ladite chronique.
Quand un peuple est menacé, le silence de l’Afrique devient une blessure de plus. Surtout lorsqu’il s’agit des armes qui crépitent, le bruit de l’indifférence devient plus assourdissant encore.
NON À UNE FORME D'ABANDON...
Ainsi dès lors que la paix vacille, fût-ce sur le plus petit périmètre du continent africain, les réflexes du vivre ensemble devraient aussitôt s’imposer. Simplement parce que, là où la paix est menacée, le devoir de solidarité africaine ne saurait demeurer un simple principe : il doit prendre corps et se traduire en actes. Et il y a des silences qui, face à la gravité de certains événements, finissent par ressembler à une forme d’abandon.
Niamey vient une nouvelle fois de retenir son souffle.
Tirs. Explosions. Panique. Puis retour au calme et arrestations. Et l’on voudrait que l’Afrique regarde ailleurs ? Non ! L’Afrique ne peut pas continuer à se réveiller après les crises, à compter ses morts après les affrontements et à s’indigner lorsque le mal est déjà installé.
Le continent africain a suffisamment connu les coups de force, les putschs, les rébellions, les manipulations, les ingérences, les affrontements fratricides et les déstabilisations de toutes sortes.
L’Afrique n’est plus une terre vierge où chacun peut venir expérimenter ses stratégies de puissance. Nos peuples ont suffisamment payé. Nos États ont suffisamment vacillé. Nos jeunesses ont suffisamment hérité des ruines politiques laissées par les générations précédentes.
...FACE À LA GRAVITÉ DE CERTAINS ÉVÉNEMENTS
Alors, au-delà du Niger, c’est une question essentielle qui se pose, s’impose et s’interpose : Jusqu’à quand allons-nous accepter ce tableau apocalyptique ? Jusqu’à quand l’Afrique acceptera-t-elle que la stabilité de ses États soit régulièrement exposée à des aventures de déstabilisation, à des violences politiques ou à des tentatives de remise en cause de l’ordre institutionnel par la force, et dont les peuples sont toujours les premières victimes ?
Le Niger n’est pas un laboratoire géopolitique ! Le Niger est une Nation. Ce sont des millions de femmes et d’hommes. Ce sont des familles. Ce sont des enfants. Par conséquent, il ne doit pas être laissé seul face à l’adversité. Le peuple nigérien a déjà payé un lourd tribut aux crises politiques, sécuritaires et économiques qui secouent le Sahel. Il aspire, comme tous les peuples du continent, à vivre dans la paix, la dignité et la souveraineté. C’est pourquoi toute tentative de déstabilisation, d’où qu’elle vienne et quels qu’en soient les commanditaires ou les motivations, doit susciter la plus ferme des réprobations.
Quelles que soient les divergences politiques, quels que soient les débats sur la gouvernance, quelles que soient les positions diplomatiques du pouvoir de Niamey, une chose devrait demeurer sacrée : la paix des populations.
On peut contester une politique. On peut combattre une orientation. On peut critiquer un régime. Mais on ne peut pas banaliser la violence comme instrument de règlement des contradictions africaines. Il s’agit de défendre un principe : les armes ne doivent plus continuer d’être le langage ordinaire de la conquête ou de la conservation du pouvoir en Afrique.
Et l’Afrique institutionnelle ? C’est ici que le malaise devient profond. Addis-Abeba doit parler. Abuja doit parler. L’Afrique doit parler ! Pas demain. Pas lorsque les flammes auront gagné d’autres quartiers. Pas lorsque les armes auront remplacé la parole. C’est maintenant ! L’Union africaine ne peut être forte lorsqu’elle sanctionne et silencieuse lorsqu’elle doit protéger. La CEDEAO ne peut prétendre défendre la stabilité régionale tout en donnant l’impression de découvrir les crises après leur déclenchement.
La diplomatie africaine doit sortir de la salle d’attente ! Elle doit être préventive, crédible. Elle doit être au service des peuples. Ce dont le continent a besoin désormais, c’est d’une véritable architecture de prévention. Une architecture capable d’anticiper les menaces, de détecter les tentatives de déstabilisation, de favoriser le dialogue et de mobiliser rapidement les mécanismes diplomatiques africains avant que les armes ne parlent.
Il faut sauver l’Afrique de ses propres démons. Notre continent a connu trop de coups d’État, trop de guerres, trop de rébellions, trop de violences politiques et trop de vies brisées. À chaque fois, les mêmes images reviennent : la peur dans les rues, les familles inquiètes, les populations qui retiennent leur souffle. Il faut que cela cesse.
L’Union africaine, dont la vocation première est de promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent, est interpellée. La CEDEAO, malgré les profondes mutations géopolitiques qui traversent aujourd’hui l’espace ouest-africain, l’est tout autant. L’Afrique ne peut pas réclamer sa souveraineté politique, économique et stratégique tout en demeurant silencieuse chaque fois qu’un de ses États est confronté à une menace de déstabilisation.
La solidarité africaine ne doit pas être une solidarité de circonstance ou sélective. Pas plus que l’Afrique ne doit choisir les peuples qu’elle protège en fonction de ses affinités politiques. Un Africain menacé reste un Africain. Un État africain déstabilisé reste un État africain. Une capitale africaine qui tremble doit faire trembler la conscience de tout le continent.
NON À LA DIPLOMATIE SÉLECTIVE...
Voilà le sens véritable de la solidarité panafricaine. Si nous sommes capables de nous réunir autour du sport, de la culture et des sommets diplomatiques, nous devons être capables de nous unir lorsque la paix de l’un de nos peuples est menacée.
Derrière chaque tentative de déstabilisation, il y a un peuple qui tremble.
Derrière chaque coup de feu, il y a une économie qui vacille. Derrière chaque crise politique, il y a des enfants dont l’avenir devient incertain. Et derrière chaque affrontement, il y a une nation qui perd un peu de son énergie à construire son développement.
Ainsi, nous ne voulons plus d’une Afrique qui compte ses crises. Nous voulons une Afrique qui les prévient. Nous ne voulons plus d’une Afrique qui condamne après les drames. Nous voulons une Afrique qui agit avant les tragédies.
Nous ne voulons plus d’une Afrique dont les peuples servent de chair à canon aux ambitions des uns et des autres. Nous voulons une Afrique debout. Une Afrique vigilante. Une Afrique solidaire. Une Afrique qui protège ses peuples. Et surtout, une Afrique qui refuse que ses capitales deviennent les théâtres permanents des aventures de déstabilisation.
L’appel ne concerne pas uniquement l’Afrique. La communauté internationale doit également prendre ses responsabilités et comprendre que la déstabilisation d’un État africain n’est jamais une affaire strictement africaine lorsqu’elle menace la paix régionale et internationale.
Nous attendons donc de tous les partenaires du Niger une attitude responsable. Pas d’ingérence. Pas de double standard. Pas de soutien occulte à des aventures politiques. Pas de calculs qui transformeraient les peuples africains en variables d’ajustement des stratégies géopolitiques.
L’Afrique demande simplement qu’on cesse de jouer avec sa stabilité. Le Niger a besoin de paix. Le Sahel a besoin de stabilité. Et l’Afrique a besoin de solidarité. Il est donc temps que l’Afrique parle d’une seule voix lorsque la paix de l’un de ses peuples est menacée. Parce qu’un Niger déstabilisé, c’est un Sahel fragilisé.
Un Sahel fragilisé, c’est une Afrique davantage vulnérable. Et une Afrique vulnérable ne peut prétendre écrire librement son propre destin.
Aux forces de défense nigériennes, que l’uniforme reste au service de la Nation et que l’armée demeure dans son temple, celui de la défense de la Nation, de l’intégrité du territoire et de la protection des institutions républicaines.
Lorsque les armes d’un soldat se retournent contre ses propres frères, c’est la Nation tout entière qui reçoit la déflagration. L’uniforme doit protéger la République, non devenir l’instrument de sa déstabilisation.
Les frustrations peuvent exister.
Les revendications peuvent être légitimes. Les désaccords peuvent être profonds. Mais aucune frustration, aussi compréhensible soit-elle, ne devrait transformer la caserne en théâtre de confrontations politiques. Car le plus grand service qu’un soldat puisse rendre à son pays est de contribuer à ce qu’il demeure debout.
Et lorsque la patrie est en danger, le véritable héroïsme consiste à rester fermement du côté de la paix, de la Nation et de la protection du peuple.
Courage au peuple nigérien. Courage aux familles.
Courage à toutes celles et tous ceux qui refusent que leur pays replonge dans le chaos. Que le retour au calme soit durable. Que la raison triomphe de la démence, l’humanisme de la barbarie, l’amour de la haine. Que le dialogue l’emporte sur les armes.
Alors, depuis Niamey, le message doit résonner jusqu’à Addis-Abeba, Abuja et au-delà : ASSEZ ! La paix du Niger est l’affaire de tous. Parce que lorsque la maison d’un frère brûle, on ne demande pas d’abord qui a remis l’allumette au pyromane. On court éteindre le feu !
Que l’Afrique, enfin, apprenne à ne plus laisser ses enfants seuls face aux tempêtes de l’Histoire.
Le silence d’aujourd’hui peut devenir le regret de demain !
lafriqueenmarche du 2 septembre 2026 No 1249

